Comment l'empreinte affichée est calculée
EarMotion affiche, à côté du poids d'une carte, une estimation en grammes de CO₂ équivalent. Cette page dit exactement d'où vient ce nombre, sur quels travaux il s'appuie, et — c'est le plus important — ce qu'il ne dit pas.
À lire d'abord : c'est un ordre de grandeur, pas une mesure
Le chiffre affiché sert à comparer deux cartes entre elles et à voir l'effet d'une décision d'auteur — alléger les fichiers, passer une radio en mode « proximité » plutôt qu'en continu. Il ne sert pas à déclarer une empreinte réelle, et il ne doit pas être cité comme telle. L'incertitude d'un modèle « par gigaoctet » se compte en facteurs, pas en pourcents.
1. Ce que l'application compte réellement
Trois compteurs, et rien d'autre. Ils sont visibles dans Statistiques d'usage…, que l'on ouvre en cliquant sur la ligne d'empreinte elle-même.
| Grandeur | Comment elle est obtenue |
|---|---|
| Fichiers (Mo) | La somme des tailles des sons de la carte, telle que le serveur la connaît. C'est ce qu'un auditeur télécharge au plus, une fois. |
| Flux (Mo) | Le temps d'écoute réel × le nombre de flux connectés, compté à 128 kbit/s par flux — soit environ 57,6 Mo par heure et par flux. Une carte en mode « proximité » ne compte que les flux effectivement ouverts. |
| Temps d'écoute | Cumulé par pas d'une minute, côté serveur, pendant les sessions de lecture. |
Rien de ce qui se passe sur l'appareil de l'auditeur n'est mesuré : ni son écran, ni son processeur, ni la fabrication de son matériel. Voir le §4.
2. Les deux constantes, et leur origine
| Constante | Valeur retenue | Ce qu'elle représente |
|---|---|---|
| Intensité énergétique du réseau | 0,03 kWh / Go | L'électricité consommée pour transporter un gigaoctet sur un réseau fixe. |
| Facteur d'émission | 11 g CO₂e / Go | Le produit de la ligne précédente par l'intensité carbone de l'électricité. |
| Réseau mobile | × 5 à × 10 | Un accès 4G/5G consomme nettement plus par gigaoctet qu'un accès fixe. |
Les deux constantes ne sont pas cohérentes entre elles sous un mix français
11 ÷ 0,03 ≈ 370 g CO₂e/kWh : c'est l'ordre de grandeur d'un mix électrique mondial, pas français. Le mix français est largement nucléaire et hydraulique, autour de 60 g CO₂e/kWh ; sur cette base, les mêmes 0,03 kWh/Go donneraient environ 1,8 g CO₂e/Go, soit six fois moins que ce que l'application affiche.
Le chiffre retenu est donc volontairement prudent : il suppose une audience répartie au-delà de la France. Une carte écoutée uniquement en France émet moins que ce qui est affiché. Nous préférons cet écart-là à l'inverse.
3. Les travaux sur lesquels cela s'appuie
- Aslan, J., Mayers, K., Koomey, J. G., France, C. (2018), « Electricity Intensity of Internet Data Transmission: Untangling the Estimates », Journal of Industrial Ecology, 22(4). La revue systématique de référence : elle montre que les estimations publiées varient sur plusieurs ordres de grandeur selon le périmètre retenu, et que l'intensité énergétique du transport diminue de moitié tous les deux ans environ. C'est d'elle que vient l'ordre de grandeur de quelques centièmes de kWh par gigaoctet.
- Carbon Trust (2021), « Carbon impact of video streaming ». Étude qui a corrigé, chiffres à l'appui, les estimations très hautes qui circulaient sur la vidéo — et qui insiste sur le point central : la consommation d'un réseau dépend peu du volume qui y transite.
- Agence internationale de l'énergie (AIE), rapport de suivi « Data Centres and Data Transmission Networks ». Suit la consommation mondiale des centres de données et des réseaux, et met explicitement en garde contre l'usage de ratios par gigaoctet.
- ADEME & Arcep (2022-2023), « Évaluation de l'impact environnemental du numérique en France et analyse prospective ». L'étude publique française de référence ; elle établit que la fabrication des terminaux domine largement l'impact du numérique, loin devant le transport de données.
- The Shift Project (2018, 2020), « Lean ICT — Pour une sobriété numérique » puis « Déployer la sobriété numérique ». Travaux de sensibilisation dont certaines valeurs ont été discutées depuis ; cités ici pour le cadre, pas pour les coefficients.
Les valeurs exactes de ces publications évoluent, et l'intensité énergétique des réseaux baisse d'année en année. Les deux constantes ci-dessus sont donc à relire périodiquement — elles vieillissent vers le haut, c'est-à-dire qu'elles surestiment de plus en plus.
4. Ce qui n'est PAS compté
- La fabrication des appareils — et c'est de loin le plus gros poste selon l'ADEME et l'Arcep. Un chiffre d'usage qui l'ignore ne peut pas prétendre à une empreinte totale.
- La consommation du terminal de l'auditeur : écran, processeur, décodage audio.
- Les centres de données : seul le transport est modélisé, pas le stockage ni le service.
- Le trajet de l'auditeur pour se rendre sur un parcours géolocalisé — qui peut, à lui seul, dépasser de plusieurs ordres de grandeur tout le reste.
La critique honnête du modèle
Un réseau consomme essentiellement à vide : les équipements sont allumés qu'on les utilise ou non. Attribuer une consommation « par gigaoctet » revient donc à répartir un coût largement fixe sur un trafic variable — utile pour comparer, faux pour attribuer. Un gigaoctet économisé ne fait pas disparaître 11 grammes de CO₂ quelque part ; il réduit marginalement une pression sur des équipements qui, eux, sont dimensionnés sur les pointes.
C'est pourquoi la ligne affichée dans EarMotion porte un ~ et pourquoi cette page existe.
5. Ce qui change vraiment l'empreinte d'une carte
- Le poids des sons. Les versions allégées (Réglages → Version audio) divisent le téléchargement par deux à six selon le format choisi.
- Le mode de connexion des flux. « Proximité » n'ouvre une radio que lorsqu'on entre dans sa zone ; « continu » les tient toutes ouvertes, pour toute la durée de l'écoute.
- La durée d'écoute, pour les flux uniquement : un fichier est téléchargé une fois, un flux se paie à la minute.
Les compteurs d'usage d'une carte sont ceux de Réglages avancés → Statistiques d'usage…, dans l'inspecteur de droite.